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13 Sep

14 septembre 1955: Little Richard enregistre Tutti Frutti

Publié par Histoire de la Chanson, TV, Radio, Théâtre & Ciné  - Catégories :  #1955

  Little Richard enregistre Tutti Frutti, son premier tube, pour la firme Specialty à La Nouvelle-Orléans

Tutti Frutti est l'une des premières chansons de rock 'n' roll, interprétée par Little Richard, signée Dorothy LaBostrie (en), J. Lubin et Richard Penniman (vrai nom de Little Richard).

Premier succès commercial du chanteur, elle est devenue un standard du genre.

Bien que Richard Penniman dit « Little Richard » ait enregistré pour RCA et Peacock Records dès 1951, ses premiers disques étaient relativement ternes et n'ont pas eu le succès commercial escompté par ses producteurs. En , il envoya un enregistrement demo à Specialty Records, lequel fut entendu par le propriétaire de la petite maison de disques, Art Rupe. Rupe trouva cet enregistrement prometteur, signa un contrat avec Little Richard et organisa en une session d'enregistrement, le , au Studio J & M de Cosimo Matassa à La Nouvelle-Orléans, avec Robert Blackwell en tant que producteur et le groupe de musiciens de Fats Domino, comprenant: Lee Allen (saxophone alto), Alvin « Red » Tyler (saxophone baryton), Justin Adams (guitare), Frank Fields (contrebasse), Earl Palmer (batterie), Huey Smith (piano); Little Richard chante et joue du piano.1,2

Ils enregistrèrent d'abord des morceaux de blues qui n'emballèrent guère le producteur3. À la pause déjeuner, frustré que son style exubérant ne soit pas dûment capté sur bande, il se mit à frapper les touches du piano et à chanter une chanson grivoise, scandée par l'onomatopée devenue célèbre: « A Wop Bop Aloobop Alop Bam Boom! », qu'il aurait écrite et composée plusieurs années auparavant, et qu'il jouait régulièrement sur scène4. Selon certains témoignages, il aurait d'abord écrit et interprété la chanson tout en travaillant comme concierge dans une gare routière5, puis l'aurait peaufiné dans des cabarets du Sud6. Little Richard chantait initialement7:

A-wop-bop-a-loo-mop a-good-Goddam!
Tutti Frutti, good booty
A-wop-bop-a-loo-mop a-good-Goddam!
Tutti Frutti, bon derrière

Ainsi dans les paroles originales, « Tutti Frutti » aurait assez clairement fait référence à un homme homosexuel, la suite variant légèrement selon les sources, comme suit d'après une biographie4:

Tutti Frutti, good booty
If it don't fit, don't force it
You can grease it, make it easy
Tutti Frutti, bon derrière
Si ça rentre pas, forcez pas
Mettez de l'huile, et c'est offert

Ou selon la version de Charles Connor, batteur de Little Richard8:

Tutti Frutti, good booty
If it's tight, it's all right
And if it's greasy, it makes it easy
Tutti Frutti, bon derrière
Si c'est serré, c'est agréable
Et si c'est huilé, ça se laisse faire

Après cette performance animée, Blackwell reconnut immédiatement le potentiel commercial de la chanson, mais considérant les paroles trop crues et choquantes, demanda à ce que celles-ci soient révisées6.

Il confia la tâche à Dorothy LaBostrie, qui selon lui était une parolière talentueuse même si elle « ne comprenait pas la mélodie »9

Après réécriture, le sens devient plus ambigu, et si le sous-entendu sexuel reste présent celui-ci s'inscrit dans un contexte hétérosexuel moins subversif:

A-wop-bop-a-loo-bop a-lop-bam-boom!
Tutti Frutti, aw rooty10
Tutti Frutti, aw rooty
I got a gal named Sue
She knows just what to do
She rocks to the East, she rocks to the West
She is the gal that I love best
A-wop-bop-a-loo-bop a-lop-bam-boom!
Tutti Frutti, tout baigne
Tutti Frutti, tout baigne
J'ai une amie qui s'appelle Sue
Elle connaît très bien mes goûts
Elle se balance à gauche, elle se balance à droite
C'est la fille que je préfère

Outre Penniman et LaBostrie, le troisième nom crédité en tant qu'auteur, « J. Lubin », n'est pas clairement identifié ; selon certaines sources il s'agirait de l'auteur-compositeur Joe Lubin11, mais d'autres prétendent que ce serait un pseudonyme utilisé par Art Rupe pour bénéficier des redevances sur certaines chansons de son label1.

Selon d'autres témoignages, ce récit faisant de « Tutti Frutti » une chanson à l'origine ouvertement sexuelle serait apocryphe. Dorothy LaBostrie a ainsi déclaré : « Little Richard n'a rien écrit de « Tutti Frutti ». Je vais vous dire exactement comment j'en suis arrivé à écrire cela. Je vivais dans la rue Galvez et avec une amie nous aimions aller acheter de la crème glacée à l'épicerie du coin. Un jour, nous sommes entrés et avons vu cette nouvelle saveur, « Tutti Frutti ». J'ai tout de suite pensé : ça alors, c'est une chouette idée pour une chanson. Je l'ai donc gardée dans un coin de ma mémoire jusqu'à ce que j'arrive au studio ce jour-là. J'ai aussi écrit ce même jour la face B de « Tutti Frutti », « I'm Just A Lonely Guy », et un spiritual, « Blessed Mother ». Dans les années 1980 Dorothy LaBostrie recevait encore des chèques de redevances pour cette chanson, en moyenne de 5 000 dollars tous les trois à six mois.12,13,14

Selon Blackwell, les contraintes de temps ont empêché le développement d'un nouvel arrangement, donc Little Richard a enregistré la chanson révisée en trois prises, en un quart d'heure, avec la partie de piano d'origine. Le titre figurant en face B du 45 tours, I'm Just a Lonely Guy, a été enregistré le même jour.

Le disque est sorti peu après, en octobre 1955, sous le titre Tutti Frutti, et a eu aussitôt un succès considérable, devenant un classique du rock 'n' roll naissant.

 

 

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