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03 Aug

04 Août 1955: Olympia

Publié par Histoire de la Chanson, TV, Radio, Théâtre & Ciné  - Catégories :  #1955

Marie Dubas, exilée durant la guerre, elle chante en Amérique, en Suisse, au Portugal, en Afrique du Nord. - Elle refait une entrée triomphale en 1945 (à l'A.B.C. et au Théâtre de l'Étoile) puis repasse du côté du théâtre (Théâtre Antoine, 1950), revient au Music-Hall (Bobino, 1953) assurant, avec Damia, la réouverture de l'Olympia en 1955.

Ces deux grandes dames de la chanson que furent, chacune dans leur genre et en leur temps, Damia et Marie Dubas, eussent, voilà vingt-cinq ans, fait, l'une ou l'autre isolément, salle comble. Mais comme le temps passe ! Les voici réunies à l'Olympia sur la même affiche de plein été, parmi le gentil peuple de cascadeurs, de burlesques, d'acrobates, étoilant de paillettes, de facettes, ces grands miroirs aux alouettes que sont nos trop rares tréteaux de music-hall. Et ce n'est pas sans quelque mélancolie que nous vîmes hier soir pour la première fois s'écarter devant elles deux les grands rideaux pourpres de la scène administrée par Bruno Coquatrix.

Damia, une fois encore, m'a cependant séduit, je l'avoue volontiers, au risque de m'attirer les quolibets des très jeunes fanatiques aux yeux de qui rien n'existait en l'an 25 avant G.B. (entendez Gilbert Bécaud). D'ailleurs la foule l'aime, ce grand public de la chanson qui ne se trompe guère et qui lui réserva une longue ovation dès lors qu'elle apparut en fourreau de velours noir d'où ne jaillissent que les célèbres bras blancs et le masque félin troué du regard vert d'une tigresse grondante et câline tour à tour. " Tragédienne ", disait d'elle Micheline Dax, en nous annonçant sa venue. Tragédienne ? C'est vrai, et possédant à son âge - pardon, madame - un tempérament, un registre, un potentiel de pathétique comme on en souhaiterait volontiers aux balbutiantes Phèdres du conservatoire d'art dramatique. Nous aurons surtout aimé d'elle Un souvenir, cette mélodramatique Veuve (due au docteur Guillotin, le célèbre bricoleur) de Jules Jouy, l'amusant Grand Frisé, les Goëlands, vieille connaissance à travers laquelle se cassent les raucités mouillées de Damia, et surtout, surtout, l'admirable Mauvaise Prière de Louis Aubert, chef-d'œuvre du genre et d'une inhabituelle tenue.

Marie Dubas, je dois l'écrire, nous aura un peu déçu. Non pas qu'elle ait perdu sa verve mi-parigote mi-paysanne en cotillon court, mais parce que le genre - multiple à vrai dire - qui est le sien, exige... beaucoup de ce qu'elle a perdu et sur quoi je n'insisterai pas. Pourtant la gaieté de son sourire largement ouvert en panneau de sens interdit (lèvres rouges et perles blanches) et son entrain communicatif conquièrent encore une salle bon enfant. Et soit qu'elle chante avec cet accent canadien qui fait tout le talent d'Aglaé (laquelle n'a rien à voir avec la plus jeune des trois Grâces) Son voile qui volait, soit qu'elle caquette en basse-cour ou qu'elle ressuscite Pedro et la Prière de la Charlotte de Rictus, on l'applaudit de bon cœur. Pour le Doux Caboulot mieux vaut qu'elle l'abandonne à Francis Carco lui-même ou surtout à Jean Sablon, qui l'enregistra avant guerre d'inoubliable façon. De toute manière on s'aperçoit bien, en écoutant Marie Dubas, de tout ce dont lui est redevable la charmante Odette Laure.

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