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31 Dec

31 décembre 1981: L'ABC

Publié par Histoire de la Chanson, TV, Radio, Théâtre & Ciné  - Catégories :  #1981

11 boulevard Poissonnière, voici où se trouvait l’A.B.C

L'ABC

célèbre music-hall situé 11, boulevard Poissonnière, dans le 2e arrondissement à Paris, inauguré en 1935 et fermé en 1964

Inauguration 1935
Fermeture 1964
Capacité 1 200 places
Anciens noms Plaza (1929) & Pavillon (1932)
Direction Mitty Goldin (1935-1955)
Léon Ledoux
Jean Méjean

1932

Il lui donne, dès 1935, le nom d’A.B.C. théâtre du rire et de la chanson afin d’être en tête de la liste alphabétique des salles de spectacles

Il monte des programmes de quatorze jours, puis de deux à trois semaines, avec un prix de place accessible à un large public.

La vedette y a un tour de chant de 20 minutes.

Tous les artistes de l’époque qui sont déjà connus et qui ne sont pas des débutants passeront sur cette scène de référence.

En octobre 1935, Mireille y interprète des chansons de Jean Nohain.

26 Mars 1937

Édith Piaf chante « Browning, petite histoire à l’usage des gangsters » et « Un Jeune Homme chantait » écrites par Raymond Asso

En 1935, l'ancien théâtre Plaza est transformé en music-hall par Mitty Goldin, qui choisit de l'appeler ABC « pour être en tête, par ordre alphabétique, des programmes parisiens »

Très rapidement, le nouvel établissement connaît le succès, et devient l'un des plus prestigieux music-hall de Paris.

Les plus grands artistes s'y produisent: Marie Dubas (en 1934, 1935, 1948), Fréhel, Georgius,

Édith Piaf (en 1937 elle y gagne sa réputation de grande chanteuse, puis en 1940, 1941, 1942, et en 1951) Édith Piaf a chanté à plusieurs reprises à l'ABC pendant l'occupation photographie de l'ABC sous l'occupation, Charles Trenet (en 1938, il y débute triomphalement sa carrière solo),

En mars 1938, Charles Trénet qui a été associé durant trois ans à Johnny Hess tout en écrivant des chansons comme « Vous qui passez sans me voir » pour Jean Sablon ou « Y a d’la Joie » pour Maurice Chevalier monte seul sur scène. La tête d’affiche est Lys Gauty.

Mais son humour, sa gaité avec « Boum ! », le rythme « la polka du roi », la poésie « Fleur Bleue », la fantaisie de « Je chante », le propulsent au titre de vedette de la soirée.

En 1939, Jean Sablon qui a été le premier à utiliser un micro à Bobino est à l’A.B.C.

pour y interpréter « Paris tu n’as pas changé »

En novembre 1940, Johnny Hess y entonnera « Je suis swing »

Mais le directeur Mitty Goldin dont le nom de famille est Goldenberg doit quitter la France et reviendra en 1945 reprenant alors la direction de son music-hall

Mitty Goldin est le pseudonyme de Mitty Goldenberg. Il quittera la France en 1940 et reviendra en 1945. La salle restera ouverte pendant l’Occupation.

Jean Sablon (en 1939 et 1946) et bien d'autres s'y produisent avant la Seconde Guerre mondiale.

Sous l'Occupation et au lendemain de la guerre, l'ABC reste un music-hall de référence.

Les plus grands artistes y sont accueillis: Tino Rossi, Léo Marjane, Ray Ventura, Jean Tranchant, puis Les Compagnons de la chanson, Renée Lebas, Les Frères Jacques, Georges Ulmer, Patachou, les duettistes Patrice et Mario, etc.

En 1949, il s’associe à Léon Ledoux et une cinquantaine d’opérettes va être montée.

On peut citer « Paris s’amuse » (1949)

Parmi les auteurs Francis Blanche et du côté des vedettes, Mistinguett, Henri Salvador, André Randall et un trio d’Américaines les Peters Sisters

À partir 1950

« Mille et une folies », un spectacle de cirque est écrit par Mitty Goldin et Gilles Margaritis, qui créera pour la télévision en 1956, la Piste aux Étoiles.

Le clown Rhum y retrouve le jongleur Italo Medini aux côtés de l’acteur Roger Caccia.

En 1951

Mitty Goldin (qui s'est associé en 1949 avec Léon Ledoux) s'intéresse plutôt à l'opérette et obtient des succès avec La P'tite Lili (avec Eddie Constantine et Édith Piaf)

Affiche Columbia de Gaston Girbal. Un accident de voiture d’Edith Piaf va interrompre ce spectacle.

Une photo du spectacle qui a tenu l’affiche durant sept mois.

Piaf dans les bras de Mitty Goldin

« La P’tite Lili », mise en scène par Raymond Rouleau sur un livret de Marcel Achard et une musique de Marguerite Monnot, réunit, durant sept mois, Édith Piaf, Robert Lamoureux, Eddy Constantine.

Le spectacle devra s’interrompre car la chanteuse a été victime d’un grave accident de voiture.

En 1952

Gilles Margaritis met en scène en avril « Autre chose » une revue de Pierre Dac, Francis Blanche, Roger Pierre interprétée par les auteurs avec Henri Salvador sur une musique de Marguerite Monnot.

L’année s’achèvera avec le succès de « La Route fleurie » (1500 représentations) de Raymond Vinci sur une musique de Francis Lopez avec Georges Guétary et Bourvil. 

1500 représentations pour La Route fleuri, créée par Georges Guétary

et surtout La Route fleurie de Francis Lopez (avec Georges Guétary et Bourvil)
 

Après le décès de Mitty Goldin en 1956, Léon Ledoux continue seul cette aventure qui s’essouffle.

À la fin des années 1950, le music-hall traverse une crise.

Le public se tourne davantage vers le cinéma, de nouveaux rythmes arrivent, le public n’est plus au rendez-vous

salle de l'ABC dans les années 1960

Les années soixante mettront en scène les Les Chats sauvages et Dick Rivers durant trois semaines (janvier 1962), avec une vingtaine de chansons, des guitares Fender et une chambre d’écho, en vedette américaine (Terme consacré pour désigner alors dans un spectacle de music-hall, la dernière attraction avant l'entrée en scène de l'artiste vedette)

Juliette Gréco avec Henri Patterson et son orchestre s’y produisent plusieurs semaines à guichet fermé, en .

Juliette Gréco y enregistrera en public son nouveau tour de chant pour les disques Philips qui intègre « Jolie Môme » et « Paris-Canaille ».

Cette série de concerts est l’occasion pour la chanteuse d’enregistrer le second album « en public » de sa discographie (après l’album « en public » à l’Olympia 1955).

Léo Ferré s'y produit en récital de à , peu avant que la salle ne ferme en 1964. (C'est-à-dire sans aucune première partie, alors qu'il était d'usage d'en avoir une au music-hall)

Léo Ferré y enregistre des chansons qui figurent sur son disque: « Flash ! Alhambra- A.B.C. » sorti en 1963.

En février 1963, Fernand Raynaud prend la suite avec les différents personnages de ses sketches sans décor.

Réouverture du music-hall ABC le 15 août 1964 pour son dernier programme, l’opérette « Le Temps des guitares » avec Tino Rossi.

L’Intransigeant dans son numéro du 23 février 1964 évoque alors les difficultés de l’ABC: « Les charges sont excessivement lourdes et même le spectacle actuel, qui pourtant marche très fort, ne constitue pas une bonne affaire. Le plateau du « Temps des guitares » à lui seul coûte chaque soir près d’un demi-million à Pierre-Louis Guérin: 170.000 frs rien que pour Tino Rossi ». Dans ce contexte, le directeur informe la presse qu’il « préfère se débarrasser de l’ABC pour concentrer ses efforts sur ses trois autres music-hall: Bobino, Pacra et l’Européen ».

Alors que l’ABC est voué à la fermeture et qu’un projet prévoit la transformation du théâtre en un parking doté d’une station-service, L’Intransigeant du 26 mars 1964 publie un article intitulé « C’est Tino Rossi qui enterrera l’ABC ». Le corps de l’article évoque la vente du célèbre music-hall: « Consternation dans le milieu du music-hall parisien, le changement de propriétaire a eu lieu officiellement cet après-midi (…) On connaît enfin les acquéreurs, il s’agit des propriétaires de la chaîne des cinémas Midi-Minuit (Henri et Roger Boublil). Leur intention est de transformer l’ABC en salle obscure, pour en faire un nouveau maillon de leur chaîne. Trois sociétés étaient sur les rangs, Shell qui voulait faire de l’ABC une station-service, la société cinématographique Cinérama, et «Midi-Minuit». Les murs, comme par le passé, resteront la propriété du groupe d’assurance «Trieste et Venise». « Le Temps des guitares », néanmoins poursuivra sa carrière comme prévu, soit jusqu’à juin, soit jusqu’au 31 décembre s’il se maintient ». Le dimanche 11 octobre 1964 a lieu la dernière représentation du spectacle qui signe la fin de l’ABC en music-hall, après 30 ans d’existence et une affiche prestigieuse.

la salle du music-hall ABC  avant sa transformation en cinéma.

L'ABC est détruit et remplacé par un cinéma inauguré en 1965.

06

C’est le 06 mai 1965 que le cinéma ABC ouvre ses portes sur les Grands boulevards parisiens.

Thomas l’imposteur » de Georges Franju, le premier film projeté à l’ABC le 06 mai 1965

A cette adresse, au 11 boulevard Poissonnière, avant que l’ABC soit dédié au cinéma, le théâtre Plaza – rapidement baptisé le Pavillon – affiche déjà des spectacles l’inauguration de la salle le 09 octobre 1930.

le foyer du cinéma ABC en 1965
la cabine de projection en 1965
L’ABC transformé en prestigieuse salle de cinéma

C’est sous la direction de l’architecte Georges Peynet qu’Henri et Roger Boublil, exploitants des cinémas Midi-Minuit et du Bergère dans le quartier des Grands boulevards, transforment l’ancien music-hall en un luxueux cinéma.

La Cinématographie française commente dans son numéro 2146 les caractéristiques de cette nouvelle salle: « La façade est, sur toute sa hauteur, constituée par des panneaux de glace transparente. Aux jonctions de ceux-ci; des cabochons de métal permettent des accrochages publicitaires variés. Les murs latéraux du hall sont constitués, l’un de miroirs, l’autre de marbre Arabescato blanc veiné de gris, identique à celui du sol. La bande lumineuse au dessus des portes est un défilant publicitaire, système utilisé pour la première fois sur la façade d’un cinéma. Le bar-fumoir du nouvel établissement est l’un des plus intimes et des plus agréables que ce soient. Plafond en staff à empreintes, rythmé par des spots en polyester éclaté, revêtement muraux de skaï et de daim synthétique. Le bar est de bois exotique, de laque d’ambre foncé et de skaï, reposant sur un socle de marbre Arabescato. Il faut noter un accueillant coin de repos et un taxiphone (il en est un second au foyer). Le tout forme un chaud ensemble d’harmonies beiges et brunes. La cabine de cette nouvelle salle des boulevards a été équipée par Philips de trois projecteurs DP 70 pour films 70/35mm. Particularité intéressante, les chaines de préamplification et d’amplification pour canal optique et sis canaux magnétiques, sont pour la première fois intégralement transistorisées (100%) ».

De son côté le Film français dans son numéro du 04 février 1966 évoque également l’ouverture de l’ABC et ses 1000 fauteuils repartis entre un orchestre et une corbeille : « Une des particularités de cette salle réside dans ses murs tendus de daim naturel ignifugé s’amortissant vers la scène en éléments circulaires qui s’escamotent littéralement « à la japonaise » en dégageant un podium et un écran de 6m X 12″.

L’enseigne aux trois premières lettres de l’alphabet date de 1933, année de l’acquisition de la salle par le ténor Mitty Goldin qui, selon la légende, choisit le nom ABC afin que son théâtre soit placé en tête de la liste des théâtres parisiens et donc mieux mis en avant dans les programmes. Le quotidien L’Intransigeant commente l’ouverture du théâtre ABC dans son numéro du 21 avril 1934: « Un nouveau music-hall qui ne manquera pas de faire grand bruit. Une salle charmante tout de bleue habillée. Un programme de chansonniers et de fantaisistes qui n’en sont pas, malgré le titre, à leur A.B.C., de vraies vedettes… (…) l’A.B.C. « formule de cabaret élargie » voilà une expression bien jolie ».

Le gala d’inauguration du cinéma est organisé par Georges Cravenne avec la présence, entre autres, du couple célèbre formé par Elsa Triolet et de Louis Aragon. C’est le film de Georges Franju « Thomas l’imposteur » qui inaugure le nouveau et ultramoderne cinéma des Grands boulevards. Le film tiré de l’œuvre de Jean Cocteau sort en exclusivité sur l’écran de l’ABC et y reste quatre semaines avant d’être remplacé le 03 juin 1965 par le premier film d’un jeune cinéaste de vingt-huit ans, Claude Lelouch, qui présente « Une fille et des fusils ».

« Une Fille et des fusils », le premier film de Claude Lelouch à l’ABC le 03 juin 1965.

Pourtant programmé à son ouverture par les magiciens de l’exploitation Jo et Samy Siritzky, la fréquentation de l’ABC n’est pas à la hauteur de ce luxueux et confortable cinéma.

« Casanova » de Mario Monicelli avec Marcello Mastroianni à l’ABC le 12 août 1965 ainsi qu’aux cinémas Mercury, Madeleine, Images, Mistral, Bosquet et Publicis Orly.

La salle est rapidement intégrée à la combinaison des cinémas Mercury sur les Champs-Elysées, Images de la place Clichy, Madeleine et Mistral situé avenue du Général-Leclerc avec des œuvres grand public comme « Le Tonnerre de Dieu » de Denys de La Patellière avec Jean Gabin, à l’affiche pendant douze semaines dès le 08 septembre 1965.

« Le Tonnerre de Dieu » de Denys de La Patellière à l’ABC le 8 septembre 1965 ainsi qu’aux cinémas Mercury, Madeleine, Images, Mistral, Bosquet et Publicis Orly.

Suivent par la suite, entre autres, « Les Tribulations d’un chinois en Chine » de Philippe de Broca le 03 décembre 1965

« Les Tribulations d’un chinois en Chine » avec Jean-Paul Belmondo à l’ABC le 03 décembre 1965 ainsi qu’aux cinémas Mercury, Madeleine, Images, Mistral, Bosquet et Publicis Orly.

et « Galia » de Georges Lautner le 26 janvier 1966 qui tient l’affiche durant quinze semaines. Le succès surprise de ce film amène les distributeurs à proposer dans cette même combinaison de salles les productions interprétées par la révélation de « Galia », Mireille Darc.

« Galia » de Georges Lautner à l’ABC le 26 janvier 1966 ainsi qu’aux cinémas Mercury, Madeleine, Images, Mistral, Bosquet et Publicis Orly.

La comédienne est ainsi à l’affiche dans « À belles dents » de Pierre Gaspard-Huit le 06 juillet 1966 et dans « La Grande sauterelle » de Georges Lautner le 11 janvier 1967.

L’ABC est une salle populaire des Grands boulevards où les films rencontrent un triomphe au box-office comme le superbe « Le Deuxième Souffle » de Jean-Pierre Melville à l’affiche le 02 novembre 1966 durant dix semaines

« Le Deuxième souffle » de Jean-Pierre Melville à l’ABC le 02 novembre 1966 ainsi qu’aux cinémas Colisée, Madeleine, Bosquet Gaumont Rive-Gauche et Sélect Pathé.

« Un homme de trop » de Costa-Gavras le 05 avril 1967, « Oscar » d’Édouard Molinaro avec Louis de Funès le 13 octobre 1967, « Les Douze salopards » de Robert Aldrich le 20 décembre 1967, le documentaire allemand sur la vie sexuelle réalisé par Erich F. Bender « Helga, de la vie intime d’une jeune femme » le 03 avril 1968 dont la suite « Helga et Michael » est à l’affiche le 12 février 1969,

« Helga » à l’ABC le 03 avril 1968 ainsi qu’aux cinémas Mercury, Madeleine, Sélect-Pathé et Cluny-Palace.

sans oublier « Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages » de Michel Audiard le 06 septembre 1968, « Quand les aigles attaquent » de Brian G. Hutton projeté en 70MM le 12 mars 1969,

« Les 100 fusils » de Tom Gries à l’ABC le 14 mai 1969 ainsi qu’aux cinémas Mercury, Madeleine, Cluny-Palace et Sélect.

« Butch Cassidy et le Kid » de George Roy Hill le 04 février 1970 ou bien la Palme d’or de Cannes en 1970 « M.A.S.H. » de Robert Altman le 13 mai de la même année

« M.A.S.H. » de Robert Altman à l’ABC le 13 mai 1970 ainsi qu’aux cinémas Mercury, Cluny-Palace, Sélect-Pathé, Publicis Défense II et Gaumont-Bosquet.

La baisse progressive de la fréquentation des salles de cinéma entamée depuis la Libération s’accentue au début des années 1970.

Une importante restructuration du parc des salles s’ensuit avec la création de complexes intégrant plusieurs salles à la place d’une vaste salle unique. Sur les Grands boulevards, le Paramount, le Caméo, le Berlitz, le Français et l’Impérial sacrifient leurs salles en les divisant, devenant ainsi des multisalles. Philippe Hellmann, le directeur du Grand Rex, préserve quant à lui la grande salle inaugurée en 1932 et créé de nouvelles salles en lieu et place du dancing Le Rêve, installé sous le bâtiment. La multiplication des complexes multisalles sur les Grands boulevards entame la fréquentation des cinémas mono-écran comme le Rio-Opéra, le Max-Linder, le Gaumont-Théâtre et l’ABC.

« Boulevard du rhum » de Robert Enrico à l’ABC le 12 octobre 1971.

Seules les grandes productions françaises et les coproductions limitent le phénomène d’érosion des entrées de l’ABC comme « La Scoumoune » le 13 décembre 1972, « Elle court, elle court la banlieue » de Gérard Pirès le 14 février 1973, « La Grande bouffe » de Marco Ferreri le 22 mai 1973, « La Valise » de Georges Lautner le 11 octobre 1973 ou bien le western spaghetti « Mon nom est Personne » de Tonino Valerii le 13 décembre 1973.

« Mon nom est Personne » de Tonino Valerii à l’ABC le 13 décembre 1973.

Ce qui n’est pas le cas d’autres films qui engendrent des recettes en deçà des attentes comme « Les Chiens de paille » de Sam Peckinpah le 11 février 1972, « Le Privé » de Robert Altman le 29 novembre 1973 ou bien « Un nuage entre les dents » de Marco Pico avec Pierre Richard et Philippe Noiret le 8 mai 1974.

Le lent déclin de l’ABC.

Dès les années 1970, les films sont visibles dans un plus grand nombre de salles ce qui a pour conséquence une fréquentation diluée sur de nombreux écrans rendant l’exploitation des cinémas mono-écran difficile, malgré le contre exemple du Kinopanorama qui bénéficie d’un succès grandissant.

En outre, la présence sur les Grands boulevards des grands circuits Gaumont, Pathé, Parafrance et UGC rend l’exploitation de l’ABC complexe. L’ABC décline inexorablement du fait de l’accès difficile aux films porteurs face à la puissance des circuits et la durée d’exploitation d’un film qui reste à l’affiche par obligation contractuelle alors que seuls les premiers jours voient un taux de remplissage satisfaisant.

« Yakuza » de Sydney Pollack à l’ABC le 20 août 1975.

Certains films programmés à l’ABC comme « Les Œufs brouillés » de Joël Santoni à l’affiche le 31 mars 1976, « Le Petit Marcel » de Jacques Fansten le 14 avril 1976 ou « Armaguedon » d’Alain Jessua le 16 mars 1977 sont des échecs cinglants.

En outre, les grands succès sur les écrans de la capitale ne le sont pas forcément à l’ABC, une salle qui n’a décidément plus le vent en poupe. C’est le cas du film de Pierre Schoendoerffer « Le Crabe-tambour » à l’affiche le 09 septembre 1977, de « Va voir maman, papa travaille » de François Leterrier inspiré du roman de Françoise Dorin le 15 mars 1978 ou de « Midnight Express » d’Alan Parker le 13 septembre 1978.

Là où les complexes multisalles placent un film dans une salle à capacité moindre lorsque les entrées décroissent, la salle unique de l’ABC et ses 1000 fauteuils le maintient avec un taux de remplissage médiocre. L’accès aux films porteurs devenant complexe, l’ABC s’oriente malgré lui vers des films mineurs comme « Nous maigrirons ensemble » de Michel Vocoret le 8 août 1979 ou « Deux affreux sur le sable » de Nicolas Gessner le 6 août 1980. La salle prolonge également les succès du Grand Rex en programmant dans sa sixième semaine d’exploitation « Apocalypse Now » de Francis Ford Coppola le 31 octobre 1979 ou bien « Amityville : la Maison du diable » de Stuart Rosenberg le 26 mars 1980.

Programmé dès le 17 septembre 1980 sur les Grands boulevards au Berlitz et à l’ABC, le film de François Truffaut « Le Dernier métro » est un événement. Mais c’est le Berlitz qui bénéficie de la plus forte fréquentation dans le quartier. Deux films interprétés par Coluche se révèlent des semi-succès dans la salle de l’ABC: « Inspecteur la Bavure » de Claude Zidi en salles le 3 décembre 1980 et « Le Maître d’école » de Claude Berri le 28 octobre 1981.

Sorti le 16 décembre 1981 dans une importante combinaison de salles à Paris, « La Guerre du feu » de Jean-Jacques Annaud a les honneurs de la salle de l’ABC. C’est sur ce succès public que l’ABC tire définitivement son rideau seize jours plus tard, le soir du 31 décembre 1981 après seize années d’exploitation cinématographique. Une plaque en hommage à Georges Guétary témoigne aujourd’hui de l’existence de l’ABC, un des hauts-lieux de spectacle et de cinéma des Grands boulevards parisiens.

Le 31 décembre 1981, le cinéma ferme ses portes définitivement.

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