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18 Mar

18 mars 1919: Michèle Arnaud

Publié par Histoire de la Chanson  - Catégories :  #Années 1900 à 1930

 

Michèle Arnaud

 

 


 

née Micheline Caré à Toulon le 18 mars 1919 et morte à Maisons-Laffitte (Yvelines) le 30 mars 1998, est une chanteuse, productrice de télévision française.

Elle est la mère du chanteur Dominique Walter et de la photographe Florence Gruère. Elle a été nommée chevalier de la Légion d'honneur et officier des Arts et Lettres.

Elle a été inhumée le 18 septembre 1998 au cimetière du Montparnasse.

Biographie 

Par sa mère, elle descend en ligne directe de Pons de Lauzières-Thémines (1553-1627), maréchal de France.

Après un passage à Cherbourg, elle est à Paris où elle suit des cours à la faculté des lettres et de droit à l'École Libre des Sciences politiques. Elle obtient deux certificats de licences de philosophie. Parallèlement, elle fréquente avec assiduité des cabarets tels que Le Tabou et La Rose Rouge.

La Lady du Milord 

C'est en 1952 qu'elle débute dans la chanson au Milord l'Arsouille en interprétant notamment L'Île Saint-Louis, sur une musique de Léo Ferré et des paroles dont l'auteur, Francis Claude, n'est autre que son mari et le directeur dudit cabaret. Elle obtient ensuite le Prix de la Chanson de Deauville avec Tu voulais. En 1956, elle représente le Luxembourg au Concours Eurovision de la chanson avec les deux titres (règlement de l'époque), Ne crois pas de Christian Guitreau et Les Amants de minuit, paroles de Jacques Lasry et musique de Simone Laurencin.

En 1957, elle est devenue la vedette permanente du Milord l'Arsouille. Dans son tour de chant, elle est accompagnée au piano par Jacques Lasry et, à la guitare, par un certain Serge Gainsbourg qui est, le reste du temps, pianiste d'ambiance dans ce cabaret. Elle découvre par hasard et stupéfaite que ce Gainsbourg a déjà écrit plusieurs chansons que personne n'interprète telles que Défense d'afficher et La Recette de l'amour fou. C'est sous son impulsion et celle de Francis Claude que Gainsbourg montera immédiatement sur la scène du Milord pour chanter ses compositions. Elle sera aussi sa première interprète en enregistrant, dès l'année suivante, plusieurs de ses œuvres (La Recette de l'amour fou, Douze belles dans la peau, en janvier et Jeunes femmes et vieux messieurs, La Femme des uns sous le corps des autres, en octobre 1958).

La vocation d'Arnaud est d'être l'interprète de textes d'auteurs, de Ferré à Vian tout en révélant de nouveaux talents comme Gainsbourg. Peut-être à cause de ses exigences et malgré ses passages dans des music-halls populaires comme l'Olympia dont elle est la vedette américaine en 1959 ou Bobino où elle est tête d'affiche en 1961, Michèle Arnaud conservera pendant toute sa carrière l'étiquette de « l'intellectuelle de la chanson ».

On devine un esprit littéraire curieux et insatiable, privilégiant, de ce fait, le texte. Mais elle peut « craquer » pour la mélodie. Ainsi, son subtil sens artistique ne la fait pas hésiter à reprendre les œuvres de compositeurs qu’elle pressent être des « grands » de son siècle : Yesterday (Je croyais) de Lennon / McCartney, Green leaves of summer (Le Bleu de l’été) de Dimitri Tiomkin ou encore Samba de una nota so (Chanson sur une seule note) d’Antonio Carlos Jobim. Sans oublier celles de son auteur-compositeur fétiche Serge Gainsbourg qu’elle révéla et qu’elle ne cessa de « couver » tout au long de sa carrière (réciproquement, il lui voua son inébranlable fidèlité d’auteur), dont elle reprend Ne dis rien (magistralement orchestrée avec une débauche de guitares électriques, ce qui étonna) de la comédie musicale Anna qu’elle produisit courageusement.

Elle s’empare parfois de textes d’auteurs inconnus (Robert Ardray) ne serait-ce que pour jubiler en fustigeant, par exemple, les nantis du côté de Neuilly-Auteuil-Passy lorsqu’elle joue (plus vraie que nature) à la grande bourgeoise désabusée qui confie ses « soucis » à son coiffeur « Angelo » :

Angelo, vite mon coup de peigne,
Je vais être en retard à l'opéra,
Je vais entendre La Callas ce soir,
Oh ! Je déteste l’opéra, mais que voulez-vous,
Les places sont si chères,
On ne peut pas ne pas y aller…

Trublion, voire anarchiste, elle se délecte avec les textes de Boris Vian et de Maurice Vidalin engageant les filles à se faire radeuses au bois plutôt que de se marier ou son contraire, jeter leurs jupes par-dessus les moulins mais seulement après s’être « rangées », être devenues de respectables « femmes d’imbéciles » (Ne vous mariez pas les filles, Julie).

Parallèlement et infatigablement, elle explore la chanson dans tous des états : poétique, cinématographique, théâtral et littéraire (Hadjidákis, Apollinaire, Varda, Giraudoux, Dimey, Aymé). On comprend qu’elle n’ait pas touché un public populaire, à défaut de public tout court, en le déroutant incessamment. Elle demeure l’interprète inclassable dont la priorité était sûrement de dénicher coûte que coûte des auteurs novateurs tant que son nom de chanteuse pouvait les soutenir, plus que de faire une carrière dans la chanson car un chanteur inconnu n’a guère de pouvoir pour promouvoir ses auteurs. On le comprend d’autant mieux quand on voit comment elle a insensiblement glissé vers la production télévisuelle en lançant réalisateurs originaux et émissions décapantes, dépoussiérant la télévision de papa comme elle a dépoussiéré la chanson des années 1950. En 1972, toujours avant-gardiste, elle se lance dans la coproduction européenne avec le film musical Pink Floyd: Live at Pompeii. Plus que « l’intellectuelle de la chanson », le qualitatif qui lui conviendrait mieux serait « l’intelligence de la chanson » comme en témoigne Françoise Hardy[1] : « Michèle Arnaud, une chanteuse d’une intelligence supérieure qui impressionnait les auteurs-compositeurs les plus talentueux de son époque, s’était reconvertie dans la production d’émissions de télévision. Elle me donna carte blanche pour inviter qui je voulais dans le cadre d’une émission qui ne serait jamais diffusée. »[2]

Une intellectuelle créative 

Arnaud, dénicheuse de talents à la scène, lancera également des artistes comme Guy Béart ou les duettistes Noiret et Darras.

Elle a l'idée de créer une scène qui irait au-devant du public en se déplaçant partout en France et cela devient, en 1964, sous le parrainage de Brassens et Brel, « Le Music-hall de France » qui se joindra aux pérégrinations des Tréteaux de France de Jean Danet.

Innovatrice, elle produira à la télévision des émissions d'un ton nouveau telles que Les Raisins Verts en 1963 puis Tilt magazine à partir de 1966, émissions qui marqueront leurs époques et révèleront des réalisateurs et présentateurs comme Jean-Christophe Averty et Michel Drucker qui témoigne ainsi : « 1965. J'étais animateur d'une émission produite par Michèle Arnaud, une grande professionnelle qui a, entre autres, découvert Serge Gainsbourg. »[3]

C'est elle encore qui, avec Pierre Bourgoin, produira la première comédie musicale à la télévision française, Anna, œuvre de son auteur fétiche, Serge Gainsbourg (1967).

Artiste et littéraire 

Elle trouvera plus tard sa vraie dimension en se spécialisant dans la production de documentaires artistiques comme Les Tendances de l'Art au XXe siècle ainsi que des portraits littéraires (Maurice Clavel, Jean Dutourd, Jean d'Ormesson). Avec sa propre société de production, elle réalisera ensuite un film sur Henry Miller d'une portée internationale.

Discographie 

Gainsbourg chanté par... 

  • 2 CD EMI Music France 854067-2, 1996 et réédition en juin 2006, intégrale des chansons de Serge Gainsbourg interprétées par Michèle Arnaud (CD 1) :
  1. La Recette de l'amour fou, 1958
  2. Douze belles dans la peau, 1958
  3. Jeunes femmes et vieux messieurs, 1958
  4. La Femme des uns sous le corps des autres, 1958
  5. Ronsard 58, paroles de Serge Barthélémy et musique de Serge Gainsbourg, 1959
  6. Il était une oie, 1959
  7. La Chanson de Prévert, 1961
  8. Les Goémons, 1962
  9. La Javanaise, 1963
  10. Les Papillons noirs, en duo avec Serge Gainsbourg, 1966
  11. Ballade des oiseaux de croix, 1966
  12. Les Papillons noirs, 1966
  13. Ne dis rien, de la comédie musicale Anna, 1967
  14. Rêves et caravelles, 1969

Michèle Arnaud 

  • 2 CD EMI Music France 520486-2 (1999)
    • CD 1 :
  1. Voulez-vous jouer avec moi ?, paroles de Marcel Achard et musique de Georges van Parys, 1956
  2. Ne crois pas, paroles et musique de Christian Guitreau, 1956
  3. La rue s'allume, paroles de Louis Ducreux et musique d'André Popp/Louis Ducreux, 1955
  4. Quand on s'est connu, paroles et musique de Jean-Pierre Moulin, 1958
  5. L'Éloge des cocus, paroles de Pierre Lambry et musique de Simone Lorencin, 1957
  6. Zon zon zon, paroles de Maurice Vidalin et musique de Jacques Datin, 1957
  7. Sous le pont Mirabeau, poème de Guillaume Apollinaire et musique de Jacques Lasry, 1955
  8. Julie, paroles de Maurice Vidalin et musique de Jacques Datin, 1957
  9. Sans l'amour de toi, paroles de Claude Delécluse et musique de Michelle Senlis/Paul Misraki, 1957
  10. Morte Fontaine, paroles de Rolland Valade et musique de Jean-Michel Arnaud, 1959
  11. Van Gogh, paroles de Pierre Lambry et musique de Jacques Datin, 1959
  12. Napoli, paroles et musique de Roger Riffard, 1960
  13. Loulou de la Vache Noire, paroles et musique de Roger Riffard, 1960
  14. Deux tourterelles, paroles d'Eddy Marnay et musique d'Emil Stern, 1957
  15. Pourquoi mon dieu, adaptation française par Georges Moustaki et Jacques Kabanellis d'après Mános Hadjidákis, 1962
  16. Pauvre Verlaine, paroles et musique de Salvatore Adamo, 1968
  17. Amour perdu, paroles et musique de Salvatore Adamo, 1963
  18. Toi qui marchais, paroles de Jean-Pierre Chevrier et musique de Guy Bontempelli, 1963
  19. L'Inconnue, paroles et musique de Roger Riffard, 1960
  20. Il y a des années, paroles et musique de Roger Riffard, 1960
    • CD 2 :
  1. Angelo, paroles et musique de Robert Ardray, 1964
  2. Comment dire, paroles et musique de Guy Bontempelli, 1964
  3. Et après ?, paroles d'Armand Seggian et musique de Jacques Pezet, 1964
  4. La Chanson de Tessa, paroles de Jean Giraudoux et musique de Maurice Jaubert, 1965
  5. Ne vous mariez pas les filles, paroles de Boris Vian et musique d'Alain Goraguer, 1964
  6. Si les eaux de la mer, paroles de Bernard Dimey et musique d'Henri Salvador, 1965
  7. Les Papillons noirs, en duo avec Serge Gainsbourg, paroles et musique de Serge Gainsbourg, 1966
  8. Ballade des oiseaux de croix, paroles et musique de Serge Gainsbourg, 1966
  9. Chanson sur une seule note, adaptation française par Eddy Marnay de Samba de una nota so d'après les paroles brésiliennes de Newton Mandonga, musique d'Antonio Carlos Jobim, 1962
  10. Sans toi, paroles d'Agnès Varda et musique de Michel Legrand du film Cléo de 5 à 7, 1963
  11. Un soir, paroles de Bernard Dimey et musique d'Henri Salvador, 1964
  12. La Marche arrière, paroles de Boris Vian et musique d'Henri Salvador, 1964
  13. Je croyais, adaptation par Hugues Auffray et Georges Aber d'après Yesterday de John Lennon et Paul McCartney, 1966
  14. La Grammaire et l'amour, paroles et musique de Guy Bontempelli, 1966
  15. La Chabraque, paroles de Marcel Aymé et musique de Guy Béart, 1960
  16. Marie d'Aquitaine, paroles de René Ruet et musique d'André Grassi, 1962
  17. Cherbourg avait raison, paroles de Jacques Larue/Eddy Marnay et musique de Guy Magenta, 1961
  18. La Chanson des vieux amants, paroles de Jacques Brel et musique de Gérard Jouannest, 1967
  19. Le Bleu de l'été, adaptation française par Henri Contet de Green leaves of summer d'après les paroles américaines de Paul Francis Webster, musique de Dimitri Tiomkin du film Alamo, 1961
  20. Timoléon le jardinier, paroles et musique de Roger Riffard, 1960

Productions et collaborations artistiques 

  • À partir de 1963 : Les Raisins verts, émissions télévisées de variétés réalisées par Jean-Christophe Averty, écriture et production
  • 1964-1965 : Ni figue, ni raisin, émissions télévisées de variétés réalisées par Jacques Rozier, collaboration artistique
  • 1966-1968 : Tilt magazine, émissions télévisées de variétés réalisées par Pierre Desfons, Jean-Pierre Spiero, productrice
  • 1967 : Anna, comédie musicale télévisée de Serge Gainsbourg réalisée par Pierre Koralnik, productrice
  • 1972 : Pink Floyd: Live at Pompeii, film musical réalisé par Adrian Maben, productrice associée
  • 1974 : Henry Miller, poète maudit, réalisatrice et productrice (TV)
  • 1976 : Oskar Kokoschka, documentaire réalisé par Gianpaolo Tescari, productrice associée
  • 1978 : Monsieur René Magritte, documentaire réalisé par Adrian Maben, productrice exécutive

 


 

Précédée par Michèle Arnaud Suivie par
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Représentante luxembourgeoise au Concours Eurovision de la chanson
1956
Danièle Dupré
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