24 mars 1965: Sortie du film Le Corniaud

Le Corniaud
film comique franco-italo-espagnol réalisé par Gérard Oury, sorti en 1965.
Son scénario s'inspire d'un des épisodes du démantèlement de la « French Connection », l'affaire Jacques Angelvin, un présentateur de la télévision française qui fut arrêté aux États-Unis en 1962 au volant d'une Buick Invicta provenant de France et dans laquelle plus de cinquante kilogrammes d'héroïne pure avaient été dissimulés et qui clama son innocence en prétendant avoir été dupé.
Antoine Maréchal, le « corniaud » du titre qui se révèle être moins naïf qu'il n'y paraît, est interprété par Bourvil, alors à l'apogée de sa carrière, tandis que Léopold Saroyan, le gangster, est joué par Louis de Funès, qui à cette époque vit une fulgurante ascension, notamment depuis les sorties des films Le Gendarme de Saint-Tropez et Fantômas en et .
Le tournage eut lieu du 31 août au 07 décembre 1964
Le film sort en France le 24 mars 1965 et rencontre dès sa sortie un grand succès puisqu'il finit en tête du box-office français de l'année 1965 avec 11 739 783 entrées.
Alors qu'elle n'a parcouru que quelques dizaines de mètres sur le chemin de ses vacances estivales vers l'Italie, la 2CV bleue d'Antoine Maréchal se disloque, percutée par la Rolls Royce de Léopold Saroyan, directeur d'une maison d'import-export.
D'abord de mauvaise foi, celui-ci reconnaît ses torts et offre à Maréchal la possibilité de poursuivre, tous frais compris, son voyage au volant de la superbe Cadillac décapotable d'un de ses clients américains.
Ce dernier devra ainsi conduire le véhicule (qui arrive de Beyrouth) de Naples à Bordeaux (où il est prévu qu'il soit embarqué pour les États-Unis)
Séduit par la proposition, Maréchal ne se doute pas que Saroyan est en réalité le parrain d'un syndicat de gangsters, et qu'il a truffé la Cadillac de produits illégaux: drogue (héroïne), or et pierres précieuses (dont le YoukounkounN 1, « le plus gros diamant du monde »), dont il espère bien que sa « mule » pourra assurer le transport, y compris devant les douanes.
Voici donc le naïf Maréchal sur les routes d'Italie puis du Sud de la France, ignorant tout de sa précieuse cargaison, et ne remarquant pas que le malfaiteur le suit à distance pour veiller sur la marchandise, qui est également convoitée par une bande rivale menée par Mickey dit « le bègue ».
Après une traversée de l'Italie marquée par des incidents, Maréchal arrive à la frontière et il va découvrir la vérité sur la voiture et qu'il a été pris pour un "corniaud"
Il se vengera à sa façon à Carcassonne tout en continuant d'emmener la voiture à Bordeaux où il découvrira où est caché le Younkounkoun.
Fiche technique
- Titre : Le Corniaud
- Réalisation : Gérard Oury
- Assistants réalisateurs : Serge Vallin, Giorgio Stegani, Gérard Guérin
- Scénario et adaptation : Gérard Oury, Marcel Jullian
- Dialogues : Georges Tabet et André Tabet
- Décors : Francesco Siarletta et Robert Giordanni
- Costumes : Tanine Autré
- Photographie : Henri Decaë
- Vladimir Ivanov, Alain Douarinou pour la seconde équipe
- Son : Antoine Bonfanti
- Régisseur général : Jean Pieuchot, Roberto Cocco, Gaetano Amata (de)
- Montage : Albert Jurgenson, Laurence Leininger, Étiennette Muse
- Musique :
- Musique originale : Georges Delerue
- Musique préexistante : la tarentelle de Gioachino Rossini extraite de La Boutique fantasque (arrangée par Ottorino Respighi)
- Production : Robert Dorfmann
- Directeurs de production : Yves Laplanche, Enzo Provenzale, Jacques Juranville
- Sociétés de production : Les Films Corona (France), Explorer Film '58 (Italie)
- Sociétés de distribution : Valoria Films
- Pays d'origine :
France,
Italie,
Espagne - Attaché de presse : Richard Balducci
- Budget : 3,5 millions de francs (600 000 €)1
- Langues originale: français avec quelques séquences d'italien et d'allemand
- Genre : comédie, road movie
- Format : couleur (Eastmancolor) - 35 mm - 2,35:1 - Son mono
- Durée : 105 minutes
- Dates de sortie:
Entretien entre Louis de Funès et André Bourvil, assis sur un divan.
Louis de Funès raconte le scénario du film "Le corniaud", et André Bourvil écoute et fait quelques commentaires.
Photo de plateau du tournage du film "Le Corniaud".
- Bourvil : Antoine Maréchal
- Louis de Funès : Léopold Saroyan
- Venantino Venantini : Mickey dit « le bègue », dit « la souris »
- Jacques Ferrière : un gangster, chauffeur de Saroyan
- Jean Droze : un gangster, complice de Saroyan
- Alida Chelli : Gina, la manucure
- Beba Loncar : Ursula, l'auto-stoppeuse allemande
- Henri Génès : Martial
- Lando Buzzanca : Lino, le barbier
- Nino Vingelli : Tagliella, le garagiste napolitain
- Pierre Roussel : Mario Costa, le maitre d'hôtel
- Jack Ary (crédité « Jacques Ary ») : le commissaire au poste de douane
- Guy Grosso (crédité « Grosso ») : un douanier
- Michel Modo (crédité « Modo ») : un douanier
- Robert Duranton : l'athlète sous la douche
- Henri Virlogeux : un truand, associé de Saroyan
- Jean Meyer : un truand, associé de Saroyan
- Jacques Eyser : un truand, associé de Saroyan
- Bob Lerick : Loulou, complice de Mickey
- Guy Delorme : Luigi, complice de Mickey
- Jean-Marie Bon : le garagiste à Rome
- Yvon Jeanclaude : un policier
- Marius Gaidon : l'agent de police à Bordeaux
- Jean Minisini : un inspecteur à Carcassonne
- Éric Vasberg : un inspecteur à Carcassonne
- Annie Claparède : Suzanne, la serveuse du café de France
- Nicole Desailly : la concierge de Maréchal
- Germaine de France : la vieille dame qui chante
- Bernard Meunier
- Louis Viret
- Walter Chiari
- Dan Vadis
- José Luis de Vilallonga
- Non crédités
- André Louis : doublure de Bourvil
- Daniela Rocca
- André Hubert : cascadeur
- Yvan Chiffre : cascadeur
- Michèle Morgan : elle-même (scène coupée)
Genèse
Gérard Oury s'est inspiré de la mésaventure d'un présentateur de la télévision française, Jacques Angelvin, qui fut arrêté aux États-Unis en 1962 au volant d'une Buick Invicta provenant de France et dans laquelle plus de cinquante kilogrammes d'héroïne pure avaient été dissimulésb 1. Lors de son arrestation, la voiture ne contenait plus la drogue et Angelvin clama d'abord son innocence en prétendant avoir été dupé. Il fut pourtant prouvé que la voiture du français avait bien servi à transporter la drogue depuis Marseille jusqu'aux États-Unis et qu'il avait touché dix mille dollars pour cela. Plaidant coupable lors de son procès, le présentateur de Paris-Club fut incarcéré pendant cinq ans2. Cette arrestation est un des épisodes du démantèlement de la « French Connection ».
Production
Dès le début, Gérard Oury sait à quels acteurs il fera appel pour les deux rôles principaux : Bourvil et Louis de Funès. Les deux acteurs s'étaient déjà côtoyés dans les films Poisson d'avril (1954), Les Hussards (1955) et La Traversée de Paris (1956) et ont envie de travailler à nouveau ensemble. Tandis que Bourvil est une vedette depuis près de dix ans, Louis de Funès, lui, commence à en devenir une : il est un second rôle remarqué et apprécié du public et, lorsque Oury prépare Le Corniaud, l'acteur tourne un film dont personne n'imagine alors le succès et qui le rendra définitivement célèbre, Le Gendarme de Saint-Tropez.
Louis de Funès qui, sur le tournage du précédent film d'Oury, Le crime ne paie pas, lui avait dit « tu es un auteur comique, et tu ne parviendras à t'exprimer vraiment que lorsque tu auras admis cette vérité-là », accepte sa proposition sans hésiter. Bourvil apprécie beaucoup Gérard Oury et lui donne son accord sans même connaître l'histoire. Ils avaient joué ensemble dans le film Garou-Garou, le passe-muraille en 1950 et Bourvil, au cours d'une scène, giflait Oury ; ils s'étaient également vu sur le tournage du film Le Miroir à deux faces, où Oury était acteur et scénariste. Le cachet de Bourvil pour ce film est trois fois plus important que celui octroyé à de Funèsb 2.
Les auditions à Carcassonne sont annoncées par les journaux locaux et se déroulent sur la place Saint-Nazaire : 200 postulants s'y rendent pour décrocher un petit rôle dans Le Corniaud3. Annie Claparède, jeune carcassonnaise de 16 ans, décroche le rôle succinct de la serveuse du café de France4. Lors de son essai, Gérard Oury lui demande d'accentuer son accent4. Elle est payée 80 FRF pour dire une seule réplique, « On demande monsieur Saroyan au téléphone. », et reste quinze jours sur le tournage ; chaque soir, elle est ramenée chez elle à bord de la Cadillac du film4. Après le tournage, Gérard Oury lui propose de suivre l'équipe à Paris pour tenter une carrière d'actrice, disant d'elle qu'elle était une « petite Jeanne Moreau », mais ses parents ne veulent pas la laisser partir4.
- Italie :
- Naples. Bourvil prend en charge la Cadillac sur le lieu de la Gare maritime du port ; il rejoint le centre historique depuis la Via Nuova Marina. Le garagiste vole un pare-chocs dans le Borgo Marinari (it) où l'on vient profiter des restaurants d'un petit port de pêche situé au pied de Castel dell'Ovo. Tout près de là, dans le très huppé Hotel Vesuvio, loge Maréchal, qui reprendra la route le lendemain en empruntant la route de bord de mer : la via Caracciolo et puis les hauteurs du Pausilippe.
- Aire d'autoroute Teano-est, dans le sens Rome-Naples (actuelle autoroute A1) près de laquelle la voiture de Saroyan tombe en panne.
- La « via Flacca » ou « strada statale 213 » dans le sud du Latium entre Sperlonga et Gaeta, où se trouve actuellement la discothèque « Il sombrero ». Il y a, sur ce tronçon, quatre tunnels. La scène de la batterie remplie de bijoux jetée à la mer a été tournée sur un parking situé entre les 2e et 3e tunnels.
- Rome (à proximité du Colisée, du Vatican, du Château Saint-Ange...). Maréchal loge à l'hôtel Résidence Palace (actuel The Duke Hotel), au 69 via Archimede. Extérieurs devant le restaurant La Casina Valadier sur le PincioA 1.
- Les jardins et les fontaines de la villa d'Este à Tivoli pour la scène de combats et d'échanges de tirs entre les hommes du bègue et ceux de Saroyan.
- Sutri : scène où Lino, le coiffeur sicilien jaloux, poursuit avec sa voiture Autobianchi Bianchina, son amie Gina partie en compagnie de Maréchal, qui finalement prend en stop Ursula
- Pise
- Toscane
- France :
- Bordeaux
- Carcassonne et ses rempartsA 2
- Menton, poste de douane du Pont Saint-Louis
- Paris : rue et place Sainte-Geneviève, à vingt mètres du Panthéon (scène de l'accident de la 2 CV), rue Gaillon (extérieurs devant le restaurant Drouant, où Saroyan expose son plan)A 3
- Versailles : rue de l'Indépendance-Américaine, dernier plan du film
- La Motte : scène du passage à niveau, près de la gare de La Motte-Sainte-RoselineA 4
- Le Dramont à Saint-Raphaël : scènes du camping et du bain de minuit d'Ursula sur la plage du débarquementA 5
Deux jours avant le début du tournage, le , un samedi soir, le fils de 16 ans du premier assistant « emprunte » la Jaguar verte que Louis de Funès devait utiliser et la détruit dans un accident. En conséquence, beaucoup des scènes de l'acteur ne pourront être filmées qu'après l'arrivée d'une voiture de rechange, « repeinte à toute vitesse de couleur verte », des jours plus tard b 3,5.
Après la projection des épreuves (rushes) des deux premières semaines de tournage, de Funès trouvant qu'il n'était pas assez présent à l'écran fera une « grève du masqueb 4,C 1» pendant près de 24 heures. Gérard Oury indique dans ses mémoires qu'il reconnait dans le film l'endroit où de Funès effectue cette « grève », mais le réalisateur reste muet sur l'instant précis dans le film. Oury imagine alors la célèbre scène de douche, où l'acteur compare sa musculature avec celle d'un « grand balèze », l'ex-catcheur Robert Duranton. L'idée lui est inspirée par une rencontre étonnante faite lors d'un voyage en Italie « ... J'avais rencontré à Capri un couple étrange, lui : un homo maigrichon américain, ridaillé mais milliardaire, elle : un colossal biquet français culturiste ! L'opposition physique entre ces deux êtres dépassait les limites de la bouffonnerieb 5 ».
La 2CV conduite par Bourvil qui se disloque lors de l'accident avec Louis de Funès était équipée de boutons poussoirs afin qu'elle s'éparpille au moment voulu. Le spécialiste des effets spéciaux, Pierre Durin, avait scié le véhicule en 250 morceaux puis re-assemblé le tout avec des crochets. De petits appareils électriques faisaient sauter les crochets solidarisant les morceaux au moment opportun 6,7 Cette scène, la dernière tournée, le 7 décembre 1964 sur la place Sainte-Geneviève à Paris8, fut peut-être inspirée à Oury par sa « rencontre » cinématographique avec Bourvil sur le tournage du Miroir à deux faces. Dans ce film dramatique d'André Cayatte réalisé en 1958, Bourvil au volant de sa 2CV est percuté par Gérard Oury, acteur mais aussi coscénariste du film, au volant d'une grosse américaine. Le plan est particulièrement complexe, puisque la 2CV doit se désintégrer le choc avec la Rolls Royce, ce qui ne peut être filmé qu'une fois. Bourvil improvise la remarque « Elle va marcher beaucoup moins bien forcément » sur le moment, provoquant un fou rire chez de Funès, qui dut tourner la tête pour le cacher et ainsi ne pas gâcher cette prise si complexe.
Bourvil demandera que Louis de Funès soit nommé en haut de l'affiche, à ses côtés. Des années plus tard, en 1976, Louis de Funès, reconnaissant de ce qu'a fait Bourvil pour lui, fait le même geste à l'égard de Coluche pour L'Aile ou la Cuisse.
no 1 au box-office en 1965 en France et énorme succès : 11 739 783 entrées. Il fit également 1 545 858 entrées en Espagne10 ainsi que 30,9 millions d'entrées en URSS11.
Les répliques du film sont devenues cultes. En premier lieu figure celle, improvisée, de Bourvil : « Maintenant, elle va marcher beaucoup moins bien forcément ». Celle-ci est aussi associée à l'image de Bourvil qu'une autre réplique provenant de La Grande Vadrouille - mais en réalité apocryphe - « Mon vélo ! On a volé mon vélo ! »
Ainsi, la réplique est reprise dans de nombreux films comme Taxi 2 (2000) et À toute épreuve (2014), ou encore à la télévision comme dans la version française de l'épisode 11 de la saison 2 de la série américaine NCIS : Enquêtes spéciales (elle est prononcée par Tony DiNozzo)12. Par ailleurs, dans le 33e album d'Astérix Le ciel lui tombe sur la tête, lorsque le vaisseau des Tadsylwiniens ordonne au Nagma de partir après avoir cassé son vaisseau : le chef Nagma dit « Oui, mais elle va moins bien marcher maintenant ! ». Une petite case dans le coin précise aux lecteurs la référence hommage au film.
Analyse
Louis de Funès rend hommage à Charlie Chaplin qu'il admirait, dans la scène où il « emprunte » en pleine nuit l'atelier d'un garagiste (Jean-Marie Bon) pour réparer la Cadillac (à la 54e minute du film) sous les yeux médusés de celui-ci et de son fils. Il s'agit d'un clin d'œil évident aux Temps modernes et plus encore au Dictateur :
- La musique est très proche de celle d'une scène du film de Chaplin : la pause déjeuner (1 h 1 min). Il s'agit ici de la tarentelle extraite de La Boutique fantasque de Gioachino Rossini (arrangée par Ottorino Respighi).
- De Funès est toujours en mouvement dans la scène, son bras ne peut s'empêcher de faire des gestes circulaires ce qui parodie bien sûr le travail à la chaine critiqué dans le film de Chaplin.
- On peut remarquer à la fin de la scène (lorsque de Funès est debout sur la voiture) des rouages sur le côté : le plan est très proche de l'affiche des Temps modernes.
Cette scène du garage est encore plus proche de celle de la séance de rasage dans Le Dictateur où Chaplin rase un client au son de la cinquième des Danses hongroises de l'allemand Brahms. Les deux « chorégraphies » sont très similaires par la coordination des gestes et de la musique.
Sketch improvisé entre Bourvil et Louis De Funès sur le tournage du film "Le Corniaud" entre 2 prises.
Scène de tournage: fouille de la Cadillac au poste frontière de Menton (ext. JT 20H 24/10/64)
Gérard Oury interviewé par Lionel Cassan sur plateau.
Sketch: Bourvil interprète un casse-pieds qui ennuie De Funès, impassible, avec 2 gags idiots pour noces et banquets.
Plateau: Gérard Oury parle de la difficulté de faire du cinéma comique en France.